La peur

Cet article est un peu comme un hors série. C’est un texte bonus, global, qui parle de :

La Peur.

Psycho (1960) Directed by Alfred Hitchcock Shown: Janet Leigh (as Marion Crane)

Je trouve que c’est important, dans un blog d’horreur, de parler de la peur. Du pourquoi et du comment. De faire une sorte d’article de définition, d’interprétation. Cela définit les limites, cela explique beaucoup de choses.

Nous avons tous peur de quelque chose. Quelle phrase banale ! Et ceux qui disent qu’ils n’ont pas peur, eh bien, ne sont-ils pas juste de gros menteurs ? Les peurs semblent souvent irrationnelles, inexplicables, mais heureusement – ou malheureusement – elles ont très souvent une raison d’être identifiable.

Prenons par exemple deux listes des peurs regroupant le plus de témoignages. L’une trouvée par James Geer (psychologue s’étant attardé sur le cas de la peur et de ses origines), l’autre présente sur Wikipédia.

Liste de Geer :

la suffocation, rater un examen, paraître bête, les attaques terroristes, la douleur d’une personne aimée, la mort d’une personne aimée, sa propre mort, faire des erreurs, la guerre, les araignées, être conscient de soi, le futur, ne pas réussir sa vie, être seul, les serpents, violence de gang ou criminelle, la guerre nucléaire, parler en public

Et la liste de Wikipédia :

les fantômes, les cafards, les araignées, les serpents, les hauteurs, l’eau, un espace restreint, les tunnels et ponts, les aiguilles, l’ostracisme, l’échec, les examens, un discours public, le vol, les tailles, les clowns, l’intimité, la mort, le rejet, les gens, le succès, la conduite

Nous pouvons voir plusieurs choses revenir deux fois ici : tout ce qui à trait aux animaux dangereux (serpents, araignées…), à la mort et la condition de solitude, parmi d’autres exemples.

Il nous sera d’abord utile de préciser que les deux peurs les plus globales et ressenties sont celles de la Mort et de l’Inconnu. Cela nous permet d’expliquer plusieurs choses : la peur des aiguilles, de l’eau, des serpents et des araignées, de la douleur, de la violence, des attaques terroristes et des guerres, seraient donc clairement reliées à la peur plus générale de la Mort. Quant à la peur de faire des erreurs, du succès, des gens… elle serait relative à la peur de l’Inconnu. Certaines peuvent également être reliée entre elles : la peur de parler en public est iée à celle du rejet, par exemple. Il reste des choses inexpliquées mais qui peuvent trouver source dans notre passé, notre vécu et/ou nos connaissances.

Cependant, on a souvent dit que la peur des clowns, par exemple, pouvait être en rapport avec leur maquillage, leur façon de parler / marcher / se comporter. Le maquillage de clown cache toute la surface du visage, la déforme (les sourcils haut placés, le gros nez rouge…), si bien qu’il est impossible de reconnaître qui est la personne derrière le substitut. Tout comme les masques (thème que l’on a déjà abordé dans l’article critique sur Masks), le clown ne montre pas son vrai visage, ni ses vraies émotions (en plus d’être souvent exagérément et anormalement joyeux). C’est donc bien là la peur d’un certain Inconnu.

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Ces grandes peurs de Mort et d’Inconnu trouvent leurs racines dans notre passé biologique. En effet, de façon très scientifique, avoir peur c’est craindre un prédateur. Et on peut voir que cela définit parfaitement nos listes, le prédateur pouvant être les autres, les serpents, l’eau, ou encore la Mort elle-même.

Maintenant, passons au terme physique de « peur ». Il a été difficile de vous rapporter des conclusions qui proviennent d’ouvrages anglais sur la peur, car les anglais possèdent un mot de vocabulaire que nous n’avons pas dans le langage courant français : creepy. Ce qui est « creepy », c’est ce qui donne les « creeps », les frissons, en quelque sorte : la chair de poule, littéralement parlant. Mais l’adjectif frissonnant chez nous n’existe pas, et ne peut définir, par exemple, un film. Alors, le mot qui s’en rapprocherait le plus serait « flippant » pour chez nous, mais cela reste du domaine d’un langage jeune et familier.

Stephen King a d’ailleurs trouvé plusieurs niveaux de peurs, qu’il a classés en trois catégories : le dégoûtant / répugnant, l’horreur et la terreur. Je vous mets son discours, et vous le traduit ensuite :

The three types of terror:

The Gross-out: the sight of a severed head tumbling down a flight of stairs, it’s when the lights go out and something green and slimy splatters against your arm.

The Horror: the unnatural, spiders the size of bears, the dead waking up and walking around, it’s when the lights go out and something with claws grabs you by the arm.

And the last and worse one: Terror, when you come home and notice everything you own had been taken away and replaced by an exact substitute. It’s when the lights go out and you feel something behind you, you hear it, you feel its breath against your ear, but when you turn around, there’s nothing there…

Traduction :

« Les trois formes de la terreur :

L’Écœurement : la vue d’une tête coupée dévalant une volée de marches, l’instant où les lumières s’éteignent et où une chose verdâtre et gluante vous éclabousse le bras.

L’Horreur : le surnaturel, les araignées de la taille des ours, quand les morts se lèvent et errent au hasard, l’instant où les lumières s’éteignent et où une chose pourvue de griffes vous attrape par le bras.

Et enfin le pire:la Terreur, quand vous rentrez chez vous pour constater que tout ce qui vous appartient à été emporté et remplacé par de parfaites répliques. C’est l’instant où les lumières s’éteignent et où vous percevez une présence dans votre dos, vous l’entendez, vous sentez son souffle contre votre oreille, mais quand vous vous retournez, il n’y a rien… »

The Shining

Cette dernière sensation de terreur décrite par King (avec vraiment une définition très, très parlante et pas très rassurante), cible bien le problème ressenti lors d’un moment de peur ou de terreur en nous : c’est la sensation d’être entre sûreté et danger.

Maintenant que vous savez à peu près de quoi il retourne je peux vous parler de ce que j’attends d’un film d’horreur. Tout d’abord, il me semble que la question de l’originalité est importante. Si les clichés et la stupidité de la trame reviennent sans cesse se mettre en avant, je n’aimerai pas le film. Et surtout, je ne cherche rien de très précis, mis à part certes, une ambiance de malaise réussie, et surtout, surtout, que la situation puisse être rationnelle, logique, et même possible. C’est pourquoi je n’accroche pas aux films de zombies et/ou de monstres hideux. Je recherche des choses qui pourraient m’arriver, et que je peux donc vivre plus facilement avec mes tripes. Voilà l’explication de mon amour pour les home invasion ou encore les histoires de tueur fou. Et j’aime voir employée cette connaissance de la grande peur de l’Inconnu, et donc voir des films qui utilisent masque, plans flous, menace indéterminable.

Vous comprenez mieux ma notation, maintenant ?

Voici en bonus un super document en ligne sur la « creepiness »:

http://faculty.knox.edu/fmcandre/SPSP_Creepiness_poster-paper.pdf

Et pour détendre l’atmosphère je vous offre une belle petite vidéo des blagues les plus effrayantes :

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Publié le 1 octobre 2013, dans Peurs diverses, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Je découvre ton blog par le biais du film « Goodnight mommy », il est différent des autres blogs de critique de films… Je suis exactement comme toi concernant les films d’horreur qui ont une dimension réelle, les films d’horreur trop « abracadabrants » ne me plaisent pas. J’espère faire de belles découvertes grâce à toi! Bonne continuation.

  2. Merci pour la définition et maintenant je sais que la peur que j’aime ressentir parfois se place dans la Terreur décrite par Stephen King. J’ai commencé la littérature avec les Chair de Poule ensuite je suis passé sur une collection qui avait pour titre Spooksville que j’aimais et que j’affectionnais particulièrement et après avoir épuisé les étagères de la bibliothèque de mon quartier rayon jeunesse je me suis rabattu sur le rayon adulte avec les Stephen King que je n’ai plus lâché depuis en concluant avec son chef d’oeuvre, La Tour Sombre. Cette peur que l’on ressent, pouvons nous la maîtriser et au fond une fois maîtrisé devront nous trouver autre chose ou finir par se résigner et ressembler au personnage du livre de Jean Giono Un Roi Sans Divertissement. C’est peut-être pour ça que je me sens blasé des films qui sortent aujourd’hui.

  1. Pingback: Les cauchemars | Sleep No Longer

  2. Pingback: L’inquiétante étrangeté, ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer être mal à l’aise. | Sleep No Longer

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