Comme une poupée

Restons dans les courts-métrages. Après les tonnes d’œuvres courtes que je vous ai présentées dernièrement, en voici une nouvelle, et elle s’appelle « Comme une poupée ».

Inspiré de « Bataille Intime », une scène de la pièce Bataille créée par Jean Michel Ribes et Roland Topor, ce court-métrage est un petit bijou signé Joseph Catté, jeune réalisateur parisien.

L’œuvre est glauque à souhait. La réalisation est vraiment belle : j’ai été impressionnée par les jeux de lumière, les plans et l’ambiance instaurée dans ce film qui a tout d’un grand. Joseph Catté, qui n’avait pourtant jamais été porté sur l’horreur en particulier, livre ici une création effrayante et professionnellement presque impeccable.

Voilà ce que j’aime dans certains films du genre : ne rien voir, mais avoir à comprendre. Ce plan dans le couloir, ce monologue inexpliqué… Mélange de psychologie et de sang, Comme une poupée a tout compris selon moi. J’attends avec impatience un long métrage d’horreur de Joseph Catté !

Et pour vous, rien que pour vous, pour la toute première fois sur ce site, voici une interview du réalisateur lui-même !

  • Sleep No Longer : Depuis combien de temps t’es-tu lancé dans le cinéma ?

Joseph Catté : Je me suis lancé dans la réalisation en 2006, lorsque j’étais encore au lycée. Après avoir beaucoup expérimenté par moi-même, j’ai intégré une école d’effets-spéciaux qui m’a apporté le bagage technique et visuel qui me manquait. J’ai maintenant une petite vingtaine de vidéos à mon actif, dont beaucoup sont confidentielles de par leur médiocrité, et j’en apprends un peu plus à chaque nouveau projet !

  • SLN : D’où vient l’idée de « Comme une poupée »?

JC : Je cherchais initialement à travailler avec Pauline Helly, comédienne que je fréquentais en dehors du cercle professionnel, sans avoir de projet spécifique en tête. Elle m’a alors proposé quelques textes qui lui plaisaient particulièrement, dont la pièce ‘Bataille Intime’ de Roland Topor qui a attiré mon attention.

  • SLN : Qu’est-ce qui t’a posé le plus de problème quand à la réalisation de ce projet ?

JC : Ce projet m’a rapidement apparu comme un challenge, ce qui le rendait d’autant plus excitant. Je ne parlerai donc pas de problèmes mais plutôt de défis. Je ne considère pas les obstacles et la prise de risques comme des choses négatives car ils sont essentiels à tout processus créatif digne d’intérêt.

Premièrement, je devais adapter un texte pré-existant et non mettre en images un scénario écrit par mes soins. Il s’agissait d’injecter mes idées personnelles et de m’approprier le texte sans trahir le travail de l’auteur. Le texte étant un monologue de théatre, je devais exploiter au maximum les particularités du médium cinéma (suggestion par le cadre, jeux de montage, effets-spéciaux) pour éviter une plate mise-en-image et donner un sens au travail de transposition.

Deuxièmement, je souhaitais m’essayer au genre horrifique pour bousculer mes habitudes car mes précédentes réalisations étaient d’avantage inspirées par les comédies musicales et l’insouciance des années 60. Pour conserver mes codes visuels à l’intérieur de ce nouveau cadre, je me suis tourné vers le cinéma d’Argento, qui met en scène une violence vintage et colorée !

  • SLN : En combien de temps as-tu tourné et réalisé « Comme une poupée »? 

JC : Nous avons tourné quatre jours en Septembre 2013. La post-production a ensuite duré presque 6 mois ! Mon emploi de graphiste ne me permettait pas de m’y consacrer à temps plein et j’étais seul pour assurer le montage, l’étalonnage, les effets-spéciaux et le son.

  • SLN : Quelles indications as-tu donné à ton actrice pour jouer ces scènes ?

JC : Le personnage principal étant une malade mentale, il aurait été facile de tomber dans la caricature. Pour éviter ce piège, nous nous sommes mis d’accord pour ne surtout pas jouer la folie (comme on peut le voir chez les personnages de Terry Gilliam, bourrés de tics et de réactions imprévisibles). Il nous semblait plus judicieux de partir au contraire sur une attitude très posée et élégante afin de faire ressortir la schizophrénie grâce au montage, par contraste avec les flashbacks.

Il y avait ensuite le problème du texte, très théatral par nature et difficile à concilier avec le phrasé naturel du cinéma. Nous avons donc opté pour un personnage d’éducation bourgeoise dans un environnement proche des années 50. Ce language sophistiqué n’aurait jamais été crédible dans la bouche d’une jeune fille d’aujourd’hui.

  • SLN : Pourquoi “Comme une poupée”?

JC : Le titre renvoie d’abord à l’apparence de l’héroïne, propre sur elle et à priori irréprochable. Malgré sa différence et ses troubles identitaires, elle s’acharne à vouloir apparaître parfaitement lisse, identique à toutes les autres jeunes filles. Comme une poupée, produite en nombreux exemplaires.

Il renvoie également à la notion de manipulation. Sa partie masculine joue avec elle. Il se sert d’elle comme une marionnette, tire les ficelles.

Enfin, de façon plus triviale, le titre renvoie directement à un passage du texte : ‘On aurait dit qu’il était creux à l’intérieur. Comme une poupée. Une poupée pleine de sang.’

  • SLN : As-tu d’autres de tes oeuvres à nous présenter ?

JC : Avant de m’atteler à ‘Comme une Poupée’, j’ai notamment réalisé ‘Get Wild !’ (https://vimeo.com/66958047) un clip dans lequel un employé de bureau est propulsé dans les années 60.

J’ai également réalisé un mashup de comédies musicales, ‘My Motherfunky Musical Mashup’ (https://vimeo.com/61489199), qui fait danser Gene Kelly et John Travolta sur un tube des Black Eyed Peas !

  • SLN : Qu’est-ce qui t’attire le plus dans le cinéma d’horreur et quels sont tes films d’horreur favoris?

JC : Le cinéma d’horreur est d’abord riche en émotions, ce qui constitue la base du cinéma. En terme de divertissement, c’est un bon moyen de vivre une histoire forte par procuration et d’en prendre plein les yeux, du film le plus harcore aux comédies comme Slither.

Au delà de ça, ces films peuvent nous toucher plus profondément que n’importe quel autre genre car ils mettent le doigt sur des tabous et des peurs enfouies en nous. Ils sont les seuls à pouvoir être réellement transgressifs, à questionner la nature humaine, à nous remuer en accédant à des pensées inconsciemment cachées. Bien sûr, c’est une prouesse difficile à réaliser. Cela nécessite une vraie réflexion sur son sujet, bien loin du remake désincarné de Freddy ou du simple dégoût visuel d’un torture porn.

Voici donc la liste non-exhaustive des films qui ont réussi à me serrer la poitrine et à bousculer mes conceptions morales de jeune occidental formaté : The Exorcist, Carrie, Rosemary’s Baby, House of 1000 Corpses, The Devil’s Rejects, The Hills Have Eyes (2006), Ravenous, 28 Weeks Later.

  • SLN : Quelle est ta plus grande peur ?

JC : Tout ce qui est relatif à l’apocalypse de façon générale et qui pourrait faire plonger toute la civilisation en même temps. La perte de solidarité, le réveil de notre côté animal dans une situation de panique générale. De Contagion à Blindness en passant par La Guerre des Mondes, le cinéma nous a souvent montré que cette situation est relativement déconseillée.

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Publié le 5 mars 2014, dans Court-métrages, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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