The Raven, Edgar Allan Poe

poe__s_raven_by_twistedsynapses-d3keb3l

Pour inaugurer cette catégorie de littérature et lettres morbides, je souhaite vous présenter un auteur qui selon moi a tout à faire dans ce site. Edgar Allan Poe est l’auteur de référence dans le domaine du glauque et du sombre. Ses écrits horrifiques, aussi bien romanesques que poétiques, démontrent un réel génie littéraire.

Je n’ai pas pour but de vous faire une analyse littéraire de l’oeuvre, ni même de commenter la construction -géniale- des rimes de Poe.

Ce docteur ès lugubre nous livre, en 1845, le poème The Raven, en français Le Corbeau. C’est l’une de ses œuvres les plus connues, qui a fait l’objet de nombreuses reprises et adaptations musicales, cinématographiques ou encore littéraire. En effet, on retrouve ce poème référencé dans la série des Simpson (dans le Simpson’s Horror Show de la saison 2), dans l’épisode Raisins de South Park ou encore dans les paroles initiales de la chanson Initials B.B. de Serge Gainsbourg. Ce poème a eu, et a encore, un impact énorme sur les créations et la culture contemporaine. The Raven est reconnu comme une démonstration d’ingénierie poétique incroyable.

Tim Burton a d’ailleurs inspiré toute sa filmographie (ou presque) de l’oeuvre et du style d’Edgar Allan Poe ; il créa ainsi son court-métrage Vincent, qui cite même le fameux poème dans sa fin.

Pour vous donner une petite idée du poème, en voici quelques extraits. Je tiens à mettre la version originale de Poe, suivie de la traduction de Charles Baudelaire :

« Once upon a midnight dreary, while I pondered weak and weary,

Over many a quaint and curious volume of forgotten lore,

While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,

As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.

‘ ‘Tis some visitor,’ I muttered, ‘tapping at my chamber door –

Only this, and nothing more.’ »

« Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus. »

« Open here I flung the shutter, when, with many a flirt and flutter,

In there stepped a stately raven of the saintly days of yore.

Not the least obeisance made he ; not a minute stopped or stayed he ;

But with mien of lord or lady, perched above my chamber door –

Perched upon a bust of Pallas just above my chamber door –

Perched, and sat, and nothing more. »

« Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais, avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; — il se percha, s’installa, et rien de plus. »

« ‘Prophet !’ said I, ‘thing of evil! – prophet still, if bird or devil !

By that Heaven taht bends above us – by that God we both adore –

Tell this soul with sorrow laden if, within the distant Aidenn,

It shall clasp a sainted maiden whom the angels name Lenore –

Clasp a rare and radiant maiden, whom the angels name Lenore ?’

Quoth the raven, ‘Nevermore’

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Lue à haute voix, la version originale de Poe est chantante, et pour cause : les allitérations et divers jeux sonores font de The Raven une lente descente mélancolique dans la folie du narrateur. Il est seul dans sa chambre, il somnole, lit un peu, et surtout est hanté par la mort de Lénore, autre personnage créé par Poe, présenté dans un poème éponyme. Il entend alors du bruit à sa porte, et se demande qui cela peut être. Il ouvre et ne voit rien. Mais les bruits continuent, et au moment où il ouvre et fait entrer dans sa chambre le mystérieux corbeau, le narrateur érudit s’enfonce peu à peu dans la paranoïa et la terreur.

A lire cela, il ne se passe pas grand chose. Mais les détails donnés dans l’oeuvre, la présence inquiétante du corbeau (animal symbolique et très souvent utilisé pour représenter la Mort) et l’incompréhensible du narrateur de ce poème créent une atmosphère lugubre ; on est alors mal à l’aise tout autant que semble l’être le héros de l’histoire.

On pourra penser ce que l’on veut, mais le style adopté par Poe ici est justifiée : il permet de construire, strophe par strophe, la peur, et d’augmenter la sensation de malaise chez le lecteur. Chaque strophe est d’ailleurs minutieusement terminée  avant l’arrivée du corbeau par « nothing more » (« rien de plus »), puis par une citation du seul mot que l’oiseau semble pouvoir prononcer : « Nevermore » (« jamais plus »). Le lexique du poème entier ou presque est négatif, flottant et sombre : on parle de « livres de doctrines oubliées » et d’oiseau démon… Le rythme, dont j’ai parlé précédemment, s’adapte à ces mots et fins de vers lugubres en étant lent, mais précis, et en prodiguant des allitérations et des variations phonétiques parfaitement construites. Pour vous en rendre compte, je vous mets ci-dessous une vidéo de Tay Zonday, un Youtuber ayant décidé de faire une récitation du poème The Raven, d’une façon que j’admire énormément. Sentez alors la mélancolie et les frissons monter au fur et à mesure de la lecture…

Si vous êtes plus curieux être cet article sur ce poème de génie, voici le lien des versions originale et française :

Lien de la version originale

Lien de la version traduite par Charles Baudelaire

Et si vous ne voulez pas croire qu’un corbeau puisse dire Nevermore… vous vous trompez.

Publicités

Publié le 9 avril 2014, dans Littérature, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

Laissez un frisson

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :