Martyrs

Martyrs

 

 

 

Martyrs est un film français sorti en 2008 et réalisé par Pascal Laugier (qui est aussi le réalisateur du très bon Saint Ange). Il a énormément fait parler de lui ; d’abord, parce qu’un film d’horreur français ne se rate pas (puisque c’est un événement assez rare pour être noté) et ensuite, parce qu’il a fait scandale et a frôlé la censure à sa sortie. Accompagnant A l’Intérieur ou encore Haute Tension dans la catégorie des films français connus et encensés, Martyrs s’en démarque cependant en installant un climat et une réflexion toute particulière, ce que selon moi ces deux autres œuvres n’ont pas su faire. Je préviens par avance :

il est très dur de parler de ce film sans faire de spoiler ; une lecture avertie est donc conseillée.

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Il était une fois, l’enlèvement d’une petite fille. Son nom ? Lucie. Durant une période indéfiniment longue, elle fut retenue contre son gré dans une pièce sombre, où elle fut attachée, maltraitée et nourrie de force par ses malfaiteurs. Elle réussit malgré tout à s’échapper et est retrouvée errante sur la route, les vêtements arrachés et des contusions parcourant son corps. Elle est alors internée dans un institut et y rencontre Anna. Elle commence également à être poursuivie par des visions cauchemardesques représentant une femme fantôme à l’allure malsaine. Ellipse : on la retrouve quelques années plus tard abattant froidement une famille entière, puisqu’elle est persuadée d’avoir retrouvé ses bourreaux.

Ce film est découpé en trois parties, qui ne sont pas forcément présentées de façons chronologiques : on a la partie sur l’enfance « enchaînée » de Lucie et son internement, la partie sur le meurtre de la famille et ses conséquences, et enfin, la partie sur le martyr d’Anna. Plus précisément, l’intensité et les thèmes du récit sont séparés en deux parties : la deuxième commence au martyr d’Anna.

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Contrairement à ce que tout le monde peut vous rabâcher à propos de cette œuvre française, ce n’est pas un « film gore ». A vrai dire, seul quelques petits passages le sont. Le sang n’est pas utilisé en abondance, ni à mauvais escient, et c’est tout ce qui caractérise positivement le film. Chaque scène de violence ou d’images rebutantes trouve une justification. Ce n’est donc pas l’ignominie à laquelle certains aimeraient vous faire croire. En effet, certaines scènes sont très inhumaines, mais c’est moins pour leur dureté physique que pour leur dureté psychologique.

C’est un film très dérangeant pour une raison très simple : il nous introduit dans des situations de gêne et de doute tout au long de son scénario : qui a enlevé Lucie, a-t-elle tué les bonnes personnes, elle et Anna vont-elles s’en sortir… ? Tous ces doutes sont un à un remplacés par d’autres doutes, et ce durant toutes cette première partie où l’on oscille entre de la compassion et de la haine pour Lucie et son geste assassin. Ce début est donc très dur, notamment le meurtre de cette famille entière, dont on ne connaît pas la véritable culpabilité.

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Dans sa deuxième partie, Martyrs devient une souffrance psychologique de longue haleine. On assiste alors au dévoilement du grand but osé du film : traiter des martyrs. En effet, la « société secrète » qui avait auparavant enlevé Lucie et qui maintenant s’intéresse à Anna se targue de vouloir connaître ce qu’il y a après la mort, en élevant des victimes au rang de martyrs, puisqu’ils connaissent, selon eux, une révélation ultime qui se voit dans leur yeux au moment de l’abandon de leur force, de leur volonté et de leurs espoirs. Ils « martyrisent » alors (puisque c’est le mot) des jeunes femmes afin de les transformer et de pouvoir atteindre l’après vie, la dimension dont seuls les véritables martyrs reviennent vivants et qu’ils sont les seuls à pouvoir témoigner et décrire. On devient alors les témoins de la torture complètement gratuite d’Anna, qui se fait frapper à longueur de journée, pour au final se faire dépecer vivante. La fin de ce film est magistrale, car il nous laisse la liberté de choisir notre interprétation.

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SPOILER ALERTE ON

En effet, Mademoiselle, patronne de la société formatrice de martyrs, rêve de savoir ce qu’a finalement vu Anna dans l’autre monde, puisque cette dernière a réussi la transformation. Elle va alors se pencher sur la jeune fille afin d’entendre la grande vérité… pour ensuite se tuer. Juste avant son suicide, elle aura clamé à son assistant : « Doutez ». On a donc ici plusieurs interprétation possible ;

  • La positive, celle où Anna a murmuré à Mademoiselle l’existence d’un Paradis. Avide de ce monde meilleur que celui des vivants, Mademoiselle se suicide alors en voulant le rejoindre au plus vite.

  • La négative, celle où Anna a murmuré à Mademoiselle l’existence de l’Enfer. Alors coupable de tous ses péchés de violence et de massacre d’êtres humains, Mademoiselle ne peut supporter de vivre en se sachant condamnée, et accélère le processus de damnation éternelle.

  • La plus réaliste, celle où Anna a juste murmuré la vérité, mais une vérité trop insupportable que l’on ne peut pas supporter en tant qu’être vivant. Mademoiselle se suicide donc car connaître la vérité sur l’après-mort serait, pour tous ici bas, la chose la plus insoutenable qu’il puisse nous être donnée de savoir. Être au courant de ce qu’il se passe après ne nous empêcherait-il pas de profiter de ce qu’on peut avoir avant ?

SPOILER ALERT OFF

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Ma note : 15/20, c’est un très bon film, avec une vraie réflexion, et une fin intelligente.

 

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Publié le 24 avril 2014, dans Films horrifiques, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. un vrai traumatisme pour moi, j’engloutis des films “”d’horreur” et des films “chocs” depuis mon plis jeune âge, et celui ci est très mal passé….je n’aimais pas du tout apprecié la partie “fantastique” où l’ont voit l’apparition de cette femme monstrueuse mais c’est la dernière partie du film, avec la transformation en martyr, qui m’a laissé complètement ébahie (en MAL!)
    je ne peux pas dire que je ne l’ai pas aimé ou qu’il est mauvais, mais vraiment qu’il est dur à regarder, et compliqué à comprendre, aujourd’hui je ne me sens toujours pas capable de le revoir.

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