Mister Babadook

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Sorti en cette année 2014 (et tout juste mercredi dernier d’ailleurs), Mister Babadook est l’un de ces –trop- rares films d’horreur réalisé par une femme, Jennifer Kent. C’est un film australien qui n’est sorti que dans 120 salles environ en France, et qui n’a pas fait énormément de bruit auprès des non-initiés. Il s’est surtout fait connaître grâce aux festivals que les amateurs de films de genre fréquentent : il a reçu le prix du Jury, de la critique Internationale et du Public à Gérardmer notamment, et a été présenté au très fameux Sundance Festival. Ce film a été directement inspiré par un court-métrage de la même réalisatrice, où un monstre semblable au Babadook harcèle une mère et son fils. Bref Jennifer Kent n’en était pas à son coup d’essai en matière d’épouvante. A-t-elle réussi son long métrage pour autant ?

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C’est une histoire de deuil. En effet, Amelia a perdu son mari il y a de ça sept ans, le jour de la naissance de son fils Samuel. Depuis, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même et est à bout de nerf. Evidemment, son petit garçon est un enfant très spécial et difficile : pourtant âgé de 7 ans, il est convaincu que les monstres existent, et il se lève systématiquement chaque nuit pour réveiller sa mère et aller vérifier avec elle ses placards et sous son lit, avant de lui demander de lui lire une histoire. Un soir, alors qu’Amelia propose à son fils de choisir lui-même le livre qu’elle va lui conter, il se saisit d’un gros livre rouge rangé dans la bibliothèque. Le nom de ce livre est « Mister Babadook », et raconte une histoire perturbante et menaçante. Une fois l’ouvrage ouvert, le Babadook se met en route et viendra hanter et provoquer Amelia et Samuel.

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C’est donc une affaire de monstre. Mais pas n’importe quel monstre. Ce n’est pas un zombie, une création monstrueuse avec 9 pattes et des dents acérées, ni une pieuvre géante. C’est un Babadook ; mélange de croque-mitaine et de personnage Burtonien avec une pointe d’esthétique à la Edgar Allan Poe. C’est un grand « homme » en veste noir et chapeau haut de forme, avec des ailes, des griffes… Bref, le genre de monstre humain et inhumain à la fois dont tout le monde a peur. Ses apparitions sont rares, mais les références à son costume et son chapeau sont dans toutes les pièces, ce qui nous donne subtilement l’impression qu’il est toujours présent.

D’ailleurs, c’est tout l’esthétisme de ce film qui est splendide et qui nous angoisse : tout est travaillé au détail. Les costumes, le décor, les traits fatigués des visages de la mère et de son fils font de ce film un magnifique tableau d’une famille déchirée et qui se traînent dans les méandres d’une dépression non dissimulée. Car oui, qu’on le veuille ou non, Babadook est un BEAU film avant toute chose.

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Ce n’est pas qu’au niveau graphique que Jennifer Kent a soigné son style : la bande son est tout bonnement stupéfiante. Les bruits de mâchoire, de grattements, de verres cassés sont omniprésents et sourds, et créent l’ambiance parfaite pour accueillir Mister Babadook dans la demeure et dans nos esprits. La musique même est dérangeante et a sa place dans l’œuvre. Evidemment, les éléments sonores les plus impressionnants et extrêmement bien réalisés restent les cris, hurlements et chuchotements qui proviennent du Babadook. Son appel glace le sang, allant du grave à l’aigu, tremblotant à la The Grudge et déchirant les nuits des protagonistes.

A côté de tout ça, le travail est achevé jusqu’aux plans du film et au jeu des acteurs. L’actrice principale est splendide, et l’on ressent de la fatigue et de l’exténuation rien qu’en plongeant nos yeux dans les siens. Samuel est joué par un jeune acteur très talentueux, qui s’adapte très bien à ce rôle dérangeant et attachant à la fois. Pour ce qui est des plans, ils sont ingénieux et nous transportent d’une pièce à l’autre, du ciel à la terre. Ils sont mystérieux et implicites et surtout peuvent même nous faire penser que Mister Babadook est bel et bien un VRAI film d’auteur qui proposent un style cinématographique certes pas nouveau, mais qui se détache de tous ceux qui l’on côtoie récemment, surtout dans le domaine des films d’horreur.

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Enfin, n’allez pas voir Mister Babadook pour son côté film d’horreur. C’est avant tout une histoire psychologique, sur la relation entre une mère et son fils, sur me deuil, sur la dépression. C’est un drame, de base. A cette base par la suite vient s’ajouter, subtilement et avec raison, l’histoire du monstre et ce côté « épouvante horreur ». Mais ce n’est certainement pas un « film pour faire peur » même si, pour une fois, on A peur devant Mister Babadook. On retient son souffle, on agonise, et pour une œuvre qui est d’abord à classer dans le registre du drame, c’est un exploit. L’intelligence du film réside dans sa capacité à nous faire réfléchir, et surtout à nous faire choisir l’interprétation que l’on souhaite.

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Ma note : 17/20. Beau, esthétique, travaillé, psychologique, intelligent, terrifiant. Une vraie œuvre de qualité… et qui fait peur !
Illustration de Fugushiman

Illustration de Fugushiman

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Publié le 31 juillet 2014, dans Films horrifiques, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 10 Commentaires.

  1. Je l’ai vu pendant les vacances de Noël (comment ça ce n’est pas un film de fêtes ?) Tout d’abord… il m’a permis de mettre une chose au point : ne plus jamais regarder un film avec ma belle-sœur, qui s’exclamait à chaque apparition du Babadook « MAIS C’EST POURRIIIIIIII » car elle n’arrive pas [encore] à se plonger dans un film pour son ambiance. J’ai eu peur, j’ai eu de la peine pour la mère, j’ai trouve le petit ab-so-lu-ment chi… euh, horripilant. Et j’ai aimé ce film tout en disant le contraire à ma belle-sœur qui n’arrêtait pas de râler après parce que j’avais la flemme de lui expliquer pourquoi il me plaisait. Babadook est un film qu’il faut regarder en se plongeant dedans, le son à fond pour s’immerger dans l’ambiance et savourer les images superbes de ce film… et en versant une ptite larmichette à la fin comme pour tout bon film ! Oui j’ai pleuré !

  2. Je sais bien que ça fait un moment que l’article est sorti, mais je tenais à remercier Sleepnolonger pour m’avoir fait découvrir ce film. Je le trouve très intrigant et il semble très prometteur. Je viens de passer commande du DVD. Bref, un grand merci pour m’avoir fait découvrir ce film ^^

  3. tu as fait une petite faute dans l’intro,  » A-t-IL réussi son long métrage pour autant ? » alors que, si j’ai bien compris tu parles de la réalisatrice ^^
    sinon, très bonne article j’ai vraiment envie d’aller le voir….dommage qu’il ne passera jamais dans les cinéma près de chez moi 😥

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  2. Pingback: Housebound | Sleep No Longer

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