Mécanique physio-biologique de la Peur

Etant un fan de l’horreur en tout genre, je me suis retrouvé un soir à regarder un live d’une personne qui jouait au jeu d’horreur Dead Space. En suivant la trame du jeu, cette personne, virtuellement plongée dans une ambiance oppressante et sombre, a montré des signes évidents de peur (sursauts, besoin de pousser un cri) que nous avons tous au moins ressenti une fois, alors qu’il n’y avait aucune raison rationnelle de danger immédiat.

C’est en voyant ses réactions que je me suis posé des questions toutes simples, mais dont les réponses sont plus complexes qu’il n’y parait : Pourquoi nous n’arrivons plus à nous contrôler consciemment dès que nous ressentons de la terreur ? Qu’avons-nous tous en commun qui nous fasse réagir de la même manière dès que la peur se fait ressentir ? Pourquoi sursautons-nous quand nous sommes surpris par la peur ? etc…

Dans cet article, nous nous pencherons sur l’explication des mécanismes biologiques et physiologiques qui se mettent en place lors d’une situation de peur.

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I/Généralités sur la Peur :

La peur est une émotion très basique, que l’on retrouve chez une infinité d’animaux et qui est apparue très tôt dans le règne animal. La Peur est avant tout une émotion visant à prévenir un danger, elle a donc permis à toutes les espèces animales de survivre au fil du temps, en lui permettant d’éviter une situation pouvant entraîner la mort, ou tout simplement en permettant de fuir face à un prédateur et de ne pas finir en amuse-bouche copieusement mâchés entre des crocs acérés.

La peur a finalement aboutit à la continuité de l’évolution des espèces, pour permettre à L’Homo Sapiens Sapiens (oui, c’est-à-dire toi, lecteur de cet article) de voir le jour.

Dans l’amas de matières biologiques rosées qui forment notre cerveau, nous trouvons une paire de noyaux (un dans chaque hémisphère cérébral) ayant la forme d’une amande et prenant le nom d’ « amygdale » (à ne pas confondre avec les amygdales situées au fond de la gorge et qui n’ont aucun intérêt ici).

Le rôle de l’amygdale est (entre autres) d’analyser et d’évaluer la valence (c’est-à-dire définir une connotation positive ou négative) des sensations, et d’engager des réponses comportementales et des réponses indépendantes de notre volonté.

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Cette amygdale est située dans une région du cerveau où toutes les informations transmises par nos sens (ouïe, odorat, toucher, goût et vision) confluent afin d’être analysées par le centre de tri du cerveau : le Thalamus qui ensuite redistribuera les informations reçues et selon leur nature, vers des zones spécifiques du cerveau.

Dans le cas de la Peur, le Thalamus communiquera avec l’amygdale, qui est donc décrite comme « le centre cérébral de la peur ».

La particularité de la peur chez l’Humain est qu’elle se manifeste selon 2 voix différentes (mises en évidence par Joseph LeRoux en 1994) : une commune avec les autres animaux (la voie courte qui permet une réponse rapide du corps), et une qui nous est spécifique car elle fait intervenir notre atout majeur : la Raison (la voie longue qui permet une analyse plus poussée de la situation et qui atténuera ou non l’activité de l’amygdale).

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Cependant, pour que l’amygdale puisse nous faire réagir, il lui faut un messager. Le corps humain étant bien organisé, il a prévu toute une équipe de « facteurs » permettant la communication entre le cerveau et le reste du corps, que l’on appelle : hormones.

Et voici un scoop spécialement pour vous : l’hormone principale de la peur s’appelle … Adrénaline !

II/ LES REACTIONS DE LA PEUR :

Une fois que l’amygdale déclenche la sécrétion de l’adrénaline, l’hormone va se disperser dans l’intégralité du corps et agir sur des cibles anatomiques spécifiques comme les muscles cardiaques et les muscles lisses (c’est-à-dire tous les muscles que l’on ne peut pas contracter volontairement).

En lisant cette phrase, vous venez de comprendre le principe d’un système nerveux particulier avec un nom barbare : le Système Nerveux Autonome Sympathique (je vous vois venir, ici sympathique signifie qu’il contrôle certaines de nos activités inconscientes et je vous assure qu’il n’a rien d’amical comme on pourrait le penser)

Sleepnolonger étant un site magnanime, voyons maintenant le détail de nos réactions :

  1. La chair de poule

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Les poils qui recouvrent votre peau sont annexés à un type de muscles particuliers : les muscles horripilateurs. Quand nous sommes effrayés, l’adrénaline relâchée va venir se fixer sur les cellules de ces muscles qui vont alors se contracter et permettre au poil de se dresser sur votre peau.

Les « petites boules » que l’on observe à la surface de la peau lors de la chair de poule sont en réalité les muscles horripilateurs drogués à l’adrénaline qui sont contractés au maximum.

D’un point de vue du danger, cette réaction n’a aucun intérêt, malheureusement, avoir la chair de poule ne vous sauvera pas d’un risque de mort imminent, cette réaction traduit seulement l’activation de votre amygdale et que vous analysez une situation comme dangereuse.

        2. Tremblement de la voix

Au cas où vous ne le sauriez pas, la tension des cordes vocales est modulée par un petit groupe de muscles (portant également un nom barbare … je vous l’épargne). Ceux-ci seront encore une fois un terrain de jeu de l’adrénaline qui va provoquer sur ses muscles des « spasmes » rapides qui modifient la tension de vos cordes vocales et donc qui font varier la tonalité de votre voix.

Encore une fois, cette réaction est inutile pour se défendre, elle ne traduit que le fait que vous commencez à flipper sérieusement.

      3. Ecarquillement des yeux, vigilance accrue, rapidité de décision

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Là, on commence à rentrer dans l’utile pour votre survie. Ces réactions interviennent dans le processus de la voie longue de la peur. Le cerveau, avant de choisir quoi faire, va d’abord chercher à obtenir le plus d’informations possibles, et dans un laps de temps très court, sur la situation que vous vivez. L’écarquillement des yeux permet d’agrandir son champ de vision périphérique. La vision périphérique est très importante dans la perception du danger, elle donne des impressions globales d’un panorama et permet une perception ultrarapide des mouvements … même dans la pénombre !

L’écarquillement des yeux permet non seulement de montrer la direction dans laquelle se trouve le danger, mais aussi d’indiquer aux personnes qui vous entourent que vous avez détecté un danger (c’est-à-dire que ces personnes vont reconnaitre sur votre visage l’expression de la peur et, grâce à leur faculté d’empathie, ils auront peur eux aussi : merci les neurones miroirs ! *pour en savoir plus sur les neurones miroirs, regardez l’épisode 21 d’e-penser*).

Sur cette voie longue de la peur, votre cerveau commence à bouillonner, un peu comme un athlète, les pieds calés dans les starting-blocks, prêt à courir le 100m. Le cerveau augmente sa vigilance dans le but d’obtenir encore plus d’informations que celles apportées par la vue. Toutes les informations supplémentaires vont étayer la réflexion sur la dangerosité de la situation : « est-ce que je flippe pour rien, ou est-ce que je ferais mieux de me casser en vitesse ? » est la question à laquelle le cerveau va essayer de répondre le plus rapidement possible.

         4. Accélération du rythme cardiaque et du rythme respiratoire

Dans le doute, et en attendant d’avoir une réponse sûre à la question que se pose le cerveau, le corps se prépare à la fuite si le danger s’avère réel. Pour cela, il faut alimenter les structures qui vont nous permettre la fuite ou la défense : les muscles.

Pour qu’un muscle puisse fonctionner à pleine puissance, il a besoin de 2 carburants (petit gourmand) principaux : le sang et l’oxygène.

L’accélération cardiaque, toujours modulée ici par l’adrénaline, permet en réalité un apport plus important de sang aux muscles et les prépare à une action très rapide, en gros c’est un signal qui signifie : « attention mon pote, on va peut-être avoir besoin que tu te réveilles très rapidement si on ne veut pas finir dans une boîte en bois 6 pieds sous terre ».

C’est exactement le même cheminement pour la respiration : l’accélération du rythme respiratoire apporte, en prévision d’une utilisation intense, un « stock » d’oxygène directement utilisable par le muscle.

Attention toutefois, dans certains cas, la stimulation par la peur peut être tellement importante que le cœur, trop sollicité, finit par adopter une réaction pathologique grave et anormale : il se tétanise : c’est la « crise cardiaque ».

            5. La paralysie

C’est un cas particulier et surprenant de la réaction à la peur, qui peut être partiel ou total. Le réflexe de paralysie par la peur (RPP) apparaît très tôt dans notre vie, au stade embryonnaire, alors qu’on est encore bien au chaud dans notre liquide amniotique. On l’appelle aussi réflexe de retrait ou réflexe archaïque et constitue une de nos premières réactions face à une menace. Cependant, chez un individu sain, au cours de la gestation, ce RPP est censé se transformer en réflexe de Moro (du nom du pédiatre qui l’a étudié) puis être remplacé par la réaction de sursaut.

Pourtant, il se peut que le réflexe de paralysie par la peur subsiste chez le jeune enfant et l’adulte et « coupe » en quelque sorte la relation Corps -> Esprit qui existe.

Ce RPP est généralement représenté par l’image d’un lapin ébloui sur la route par les phares d’une voiture et qui reste enraciné, incapable de faire le moindre mouvement.

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Du point de vue du danger, cette réaction peut se justifier non pas comme une fuite, mais un contournement du danger, surtout face à un prédateur : ne pas bouger est le meilleur moyen pour ne pas se faire repérer, et éviter une situation qui pourrait nous être fatale.

Malheureusement, le RPP qui persiste chez l’être humain devient souvent très handicapant sur la vie et le développement psychologique de l’individu.

La peur est une émotion qui nous est inhérente, on ne peut pas s’en défaire et si quelqu’un vous dit qu’il n’a jamais peur, maintenant vous saurez pourquoi il a tort.

Article fait par Number9

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Publié le 2 septembre 2014, dans Peurs diverses, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Bonjour,
    J ai lu dans une revue éducative que les frissons liés à la peur étaient une réaction primitive qui remonterait à l époque où l homme était recouvert de longs poils. Le mécanisme de la chair de poule serait identique à celui des chats quand ils ont peur. Cela permettait d effrayer l ennemi en paraissant beaucoup plus imposant. Que dois je faire de cette information? Cela me semblait plutôt plausible…
    Cordialement

    • Et lorsqu’on est fatigué ou que l’on a froid où le rapport avec les frissons de la peur ?

      • Je pense que, autant nos poils se dressent lorsqu’on a peur pour que l’on paraisse plus imposants (regarde les chats et les chiens, qui fonctionnent de cette façon aussi !) autant nos poils se dressent dans le froid pour nous tenir chaud. C’est une autre information et pas vraiment la même réaction (en tout cas, elle n’a pas le même but selon moi). Lorsqu’il fait froid, les poils se dressent comme pour « bloquer ce froid » et ainsi nous tenir un peu plus chaud ! Cependant, c’est la même conséquence qu’avec la peur : ils se mettent debout pour nous servir !

  2. C’est plus une publication scientifique qu’un simple article et j’ai été attentif du début à la fin sans en perdre une miette. J’ai retrouvé mes cours de neurobiologie, il manque juste, à mon humble avis, une partie psychologie (je prêche pour ma paroisse) sur les mécanismes de la peur. Le reste était très intelligent et même si ce n’est pas grand chose je tenais à te féliciter pour l’écriture de cet article. Un travail de recherche et de transmission irréprochable. Merci

  3. merci, ravi que ça te plaise 🙂
    j’ai choisi de traiter ces 2 effets comme « peu important vis-à-vis de la peur » parce qu’ils ne sont pas spécifique de la peur contrairement aux autres (l’accélération cardiaque et respiratoire étant ici à différencier d’un cas d’exercice physique : dans la peur, c’est mécanisme sont préventifs, dans un exercice ces mécanismes sont déclenchés pour subvenir à des besoins déja présents) … rappelons que l’horripilation est surtout un mécanisme de défense contre le froid ! dans le cas de la peur, cette réaction est souvent très courte, et aussi souvent cachée par les vêtements … donc très difficile à observer pour les autres !
    pour le tremblement de la voix, je n’ai pas trouvé assez d’informations pour développer son rôle social dans la « transmission » de la peur, et c’est un signe qui peut prêter à confusion vu que lui aussi n’est pas spécifique à la peur : simple stress, viellesse, froid …

  4. Super article 🙂
    Personnellement je pense que les poils que se hérissent et la voix qui tremble sont des facteurs importants, dans la mesure où ils permettent de transmettre un message aux autres qu nous entourent. N’oublions pas que l’homme est un animal social, et que nombreuses de nos actions involontaires servent à transmettre un messages aux gens qui nous entourent (comme rougir, ou crier…)

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