Carmilla, ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer les vampires lesbiennes

Par Antarès

Il est surprenant de voir que sur ce site, on n’a pas souvent parlé de vampire, voire pas du tout. Et bien réjouissez-vous car aujourd’hui, on va parler d’un des plus grand récit de vampire de la littérature (non pas Twilight, ta gueule). Non, il ne s’agit pas de Dracula, il s’agit de bien mieux ! Il sera question du récit qui fut la principale inspiration de Bram Stocker pour son Dracula, sans ce récit, point de mythologie du vampire telle qu’on la connait aujourd’hui ! Alors enfilez un corsage victorien, et vote plus belle robe à faux-cul, car aujourd’hui, c’est Carmilla.

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Carmilla est une nouvelle écrite par Sheridan Le Fanu, parue en 1872 (soit 20 ans avant Dracula). Cette histoire retrace les quelques mois vécus par la jeune et naïve Laura, fille d’un lord anglais vivant dans le lointain et rustique pays de la Styrie, durant lesquels la mystérieuse et sensuelle Carmilla sera de passage dans leur château.

Avant de parler plus longuement du récit, laissez-moi vous parler de son auteur, Le Fanu. Si aujourd’hui plus personne n’en a rien à foutre de lui, à l’époque c’était une autre histoire. Il était au moins aussi célèbre que le sont les Stephen King et consorts de notre époque, et de grands auteurs comme Bram Stocker ou Oscar Wilde le citent en tant qu’inspiration. Le Fanu a surtout écrit ses récits fantastiques vers la fin de sa vie, après que la mort de sa femme l’ai plongé dans une profonde dépression, durant laquelle il vivait tel un reclus dans sa grande maison de Merrien Square, à Dublin. Il avait pour habitude de se réveiller vers deux heures du matin, et de se nourrir des ténèbres environnantes pour trouver l’inspiration de son écriture. Et vous trouviez Edgar Poe torturé ?

L’histoire se déroule ainsi. Laura vit seule avec son père et ses domestiques dans leur château en Styrie, loin de la civilisation. Alors qu’elle souffre de sa solitude, une nuit de pleine lune (tiens-donc) après un accident de carrosse, la mère de Carmilla décide de la laisser aux bons soins de Laura et de son père, ne pouvant s’en occuper elle-même à cause d’une mystérieuse « affaire vitale » dont elle doit s’occuper. Le jeune Carmilla reste donc au château pour le plus grand bonheur de Laura, les deux se liant très vite d’une amitié très intense (trop. Mais j’y reviendrai). Etant une histoire de vampire, vous vous doutez de la suite, Laura voit des trucs louches et est de plus en plus faible. Carmilla est très mystérieuse et ensorcelante. Il y a de nombreux morts dans la région… bla-bla-bla… Carmilla étant en somme le premier récit de vampire ayant eu du succès, l’histoire a été resucée encore et encore (sucer, vampire, humour ?) si bien qu’il n’y a pas vraiment d’intérêt à en dire plus.

On parle de vampire, fallait bien que je place l’un de mes tableaux préféré non ? (Le Vampire, de Munch)

On parle de vampire, fallait bien que je place l’un de mes tableaux préféré non ?
(Le Vampire, de Munch)

Carmilla est une perle de la littérature gothique, qui est bien supérieure à Dracula sur bien des aspects (wé je le trouve mieux que Dracula, et alors ? Qu’est-ce que tu vas faire ?). L’un des gros point fort du livre étant son écriture, qui malgré les siècles est toujours facilement lisible aujourd’hui et c’est assez rare pour le remarquer. Ceci étant dû à l’idée ingénieuse de Le Fanu qui consiste à adopter un style d’écriture proche de celui de son narrateur, à savoir Laura, qui est jeune et candide, nous nous retrouvons donc face à un récit ni trop ampoulé, ni trop ronflant, et aisément compréhensible pour un public actuel… à la différence de certains… oui c’est toi que je regarde Frankenstein.

L’histoire de Le Fanu se paye même le luxe de traiter de thèmes qui restent très contemporains, comme la solitude et l’isolement, l’incrédulité face à des évènements inexpliqués, la mélancolie… et surtout la relation qui unie Carmilla à Laura.

En effet, en plus d’être un monstre, l’ensorcelante Carmilla est aussi une homosexuelle, implantant déjà dans la mythologie du vampire l’idée d’un prédateur sexuel, et très sensuel. Qui sera repris par ses successeurs avec plus ou moins de subtilité.

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La subtilité parlons-en d’ailleurs. Je dois tout de même admettre, bien que j’adore cette histoire, que ce n’est pas toujours très subtil. Il est clair dès le départ que Carmilla est, si ce n’est malveillante, plutôt flippante. Comme par exemple quand elle dit dès les premiers chapitres à Laura : « Tu es mienne, tu seras mienne, et toi et moi ne ferons plus qu’une à jamais ». Hm moui… moi, si quelqu’un que je connaissais depuis quelques jours à peine me disait ça, je pèterai un peu dans mon froc. Mais ça n’a pas l’air de poser trop de soucis à Laura, qui est juste un peu gênée par ce genre de débordements. Il faut dire qu’elle est un peu conne sur les bords. On pourra toujours arguer que c’est à cause des pouvoirs hypnotiques de Carmilla mais bon…

Pareil en ce qui concerne l’homosexualité de Carmilla. Je ne dirais pas que l’auteur la rend évidente, je dirais plutôt qu’il en tartine littéralement toutes les pages à la moindre occasion. Ce qui rend le fait que Laura ne s’en rende pas compte d’autant plus absurde. Elle n’a pas du tout conscience de ce que Carmilla attend d’elle alors qu’elle la drague sec dès leur première rencontre ! Comme si l’idée même ne lui avait jamais effleuré l’esprit. Je veux bien que Laura soit censée être naïve et innocente, mais quand même !

Ceci étant dit, Carmilla malgré ces défauts est un livre que je recommande chaudement à tout un chacun car il possède une ambiance qui aujourd’hui encore reste diablement efficace. Peut-être même encore plus aujourd’hui car, le scénario ayant été souvent repris, on sait ce qui va arriver, on sait que Carmilla est une vampire qui utilise Laura, se nourrit d’elle et c’est bien pire dans un sens, car on voit venir le désastre et on ne peut rien y faire. Cette sensation est d’autant plus exacerbé que Laura est complètement à l’ouest et ne comprend rien à rien, donc on sait qu’elle ne pourra pas se sauver elle-même. Je l’admets sans détour, j’ai eu peur pour Laura. C’est terrifiant de la voir se faire manipuler et utiliser par cette succube pour qui elle voue une admiration sans borne. Elle est telle une mouche prise au piège de la toile de Carmilla.

Certains des passages que j’ai préférés dans Carmilla sont ceux des « rêves » de Laura. Le Fanu arrive à leur donner, grâce à son écriture, un aspect irréel, déconstruit, qui correspond parfaitement au ressentit d’un cauchemar. Laura est entourée d’ombres, de voix éthérées, de visions impossibles… sauf que nous lecteurs savons qu’il s’agit de Carmilla, ou du moins de son influence, qui une fois de plus s’abat comme une chape de plomb sur la pauvre fille et nous prend à la gorge (et elle aussi pour le coup).

En définitive Carmilla reste un indispensable pour tout afficionados de vampire, et un très bon livre à lire pour les autres. Pour reprendre la comparaison, il est bien moins long, moins chiant, moins pompeux et plus intense que Dracula (j’aime beaucoup Dracula et sa mythologie, mais j’ai clairement pas envie de m’en retaper la lecture).

Photo d’un homme ayant lu un chapitre de Dracula

Photo d’un homme ayant lu un chapitre de Dracula

Je vous recommande chaudement cette courte nouvelle, qui se lit en une grosse soirée, et qui représente la naissance du récit de vampire, et j’espère que vous aussi en parlerez autour de vous car Carmilla mérite plus de reconnaissance. D’autant plus maintenant que l’on voit que le mythe de Dracula va subir une énième adaptation, qui j’en suis sûr va joyeusement faire l’amour dans les fesses du contenu original… bon j’irai le voir parce qu’il y a Charles Dance dedans, mais quand même ! Ce serait pas mal qu’on ressorte de vraies bonnes histoires de vampire, je commence à avoir soif…

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Publié le 29 septembre 2014, dans Littérature, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. J’ignore ce que je préfère dans cette article : le sujet (que je ne connaissais pas :o), le ton, les légendes sous les photos ou la provoc plus ou moins gratuite de la fanbase de Dracula.

  2. Amusant je viens d’écrire un article sur L’oncle Silas de Joseph Sheridan Le Fanu, mais tu as raison, Carmilla est bien supérieure à Dracula (enfin de mon point de vue personnel).

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