Lapin Noir

10380220_10152826687429158_6830854491076031699_o

Cela faisait longtemps que, sur ce site, nous n’avions pas parlé d’un court-métrage d’horreur. Et pourtant, il y en a des centaines, voire des milliers sur Youtube et les autres plateformes de vidéos internet. L’autre jour, je suis tombée sur une vidéo qui s’appelle Lapin Noir. C’est une réalisation de Loki Jackal, que vous connaissez sûrement déjà sous le pseudonyme du Docteur Loki, sexologue de l’imaginaire.

A l’occasion d’un concours de création cinématographique, Loki Jackal s’est affilié à Vled Tapas afin de réaliser ce court-métrage. Il m’a semblé important de répertorier cette œuvre sur Sleepnolonger, tout simplement parce qu’elle présente un grand nombre de qualité et une part extraordinaire de talent et d’esthétisme. Lapin Noir fait hommage aux anciens effets spéciaux, à la noirceur psychologique, au format court bien utilisé. On nous fait même le privilège de nous servir l’oeuvre en couleur ET en noir et blanc. La signification des couleurs est très importante dans la première version, mais le jeu de teintes pâles et sombres de la deuxième y apporte également cette goutte d’atmosphère en plus, qui s’accorde très bien au visuel des monstres et du « décor », si l’on peut l’appeler comme ça. Et puis, je suis une amoureuse du clair/obscur, vous me connaissez maintenant…

VERSION COULEUR

VERSION NOIR ET BLANC

 

Et pour vous, j’ai interviewé « l’équipe entière du film » : Loki Jackal, réalisateur et monteur, et Vled Tapas, acteur et musicien.

 

INTERVIEW LOKI JACKAL, réalisateur

  • Présente toi et ton travail

Mon pseudo est Loki Jackal. A la base, je suis illustrateur et j’ai une petite chaîne Youtube sur laquelle j’ai commencé à poster l’émission du Docteur Loki, où je parle de la sexualité des personnages imaginaires. Mais j’aime bien varier, ne pas rester statique. Donc de temps en temps, et maintenant que j’ai du matériel, je le fais. J’aime bien raconter des histoires, particulièrement d’horreur… J’aimerais faire d’autres choses encore, histoire de varier les plaisirs et qu’on ne me dise pas que ma chaîne est cantonnée aux émissions du Docteur Loki.

  • Quel parcours (études, passions, hobbies) as-tu fait?

J’ai fait une année de fac inutile… trois semaines plus précisément ! J’ai fait 4 ans de beaux arts. Je n’ai pas passé de diplôme, donc du coup je travaille en ce moment en médiathèque et sur ma chaîne. Pour les hobbies, l’illustration en fait partie ET c’est aussi mon travail (j’enrage toujours quand on me dit « oui mais ce n’est qu’un plaisir, qu’un loisir, c’est comme la vidéo… »). Mon but est de créer. Je ne me sens pas très doué dans le domaine mais je m’éclate c’est le principal.

  • Donc pas du tout un parcours dans le cinéma en fait ?

Ah, pas du tout ! Mais j’aurais aimé !

  • Comment et pourquoi t’es tu dirigé vers le cinéma?

J’ai toujours rêvé de le faire. C’est un rêve de gosse. A la base je me disais « jamais je ne pourrais faire de films ou de court-métrages, alors je vais faire de la BD » … C’est donc la passion qui m’a dirigé dans ce sens. Le premier moyen métrage que j’ai co-réalisé à été une première occasion de réaliser ce rêve en jouant… un monstre !

  • Comment est venue l’idée de Lapin Noir?

Comme une envie de pisser ! [rires] En fait, c’était au départ pour une participation à un concours. La date du rendu approchait, et je n’étais pas sûr de savoir quoi faire, j’avais une panne d’inspiration et j’ai fait quelques croquis. Le premier a être sorti est celui de la créature pleine de dents… Je me suis dit, on va partir de ça, on va faire un film avec une créature.J’adore les effets spéciaux depuis que je suis tout gosse, et puis comme c’était un tout petit concours de court-métrages je me suis dit « à mon avis, il n’y aura pas beaucoup de monde qui va s’amuser à faire des effets… ». Le scénario a été très rapidement écrit, en quelques heures c’était plié. Au fur et à mesure, j’ai débouché (avec l’aide de Vled) sur l’histoire qui pour moi tenait la route, qui me semblait simple à réaliser (on avait une grande économie de moyens et de budgets).

  • Qu’est-ce qui a été le plus dur à réaliser pour cette oeuvre?

Le tournage sur fond vert. C’était pas facile on avait pris une soirée pour tourner, un ami m’avait prêté du tissu vert, mais le vert était très clair, et j’avais fait un test après la première soirée de tournage, et l’incrustation était ignoble. Le lendemain, j’ai été racheté un vrai tissu vert… Ensuite il a fallu diriger Vled sur fond vert… « Imagine qu’il se passe ça… » il fallait pas mal d’imagination. C’était très amusant !

Les marionnettes étaient aussi assez dur à manipuler.

  • Que signifie pour toi ce court-métrage? Quel est son élément/thème phare?

Le thème du concours c’était « vous êtes combien dans ta tête » donc il fallait traiter de ce sujet avec un seul acteur. Dans les contraintes, il fallait qu’on ait un film en couleur, et introduire une réplique de Sailor et Lula « Le monde est cinglé à l’intérieur et cruel en surface ». Assez compliqué donc… Moi qui n’aime pas David Lynch…. Et là, on arrive au point un peu sensible : moi qui pensait avoir fait quelque chose d’assez simpliste dans l’idée, je m’aperçois dans les commentaires Youtube que… les gens ne le réceptionnent pas du tout de cette façon. Pour eux, ce n’est pas trop accessible.

Pour le titre, pourtant, c’est très simple : j’avais besoin d’un titre durant le montage pour nommer le fichier, je réfléchissais, et je me suis demandé ce qu’il se passait dans le film. Un homme sort d’un trou, un monstre arrive et il le fait fuir et l’homme noir sort… L’univers étant onirique, il n’y a pas de logique, un peu comme dans Alice au pays des merveilles… Je me suis dit « lapin blanc je te suis lapin noir je te fuis. » J’ai trouvé ça très cohérent avec le court-métrage. On peut se dire que les événements en eux mêmes n’ont pas de logique…

Nous sommes en fait dans la tête du personnage principal, qui va être confronté à une chose, à une pulsion (sous la forme de la créature dentée) qui va le pousser à aller au fond de lui-même, de ses tripes, des choses qu’il n’a jamais libérées (d’où le couloir rouge, plutôt couleur chair)…il va donc faire surgir sa part noire, qui va prendre sa place à la fin.

  • As-tu eu des oeuvres de référence pour ce court? Musique, peinture, cinéma…?

Silent Hill. Voilà ! Le jeu évidemment. Je dirais même plus : Silent hill 3, qui est plus orienté « rouille et chair » esthétiquement.

  • Quels sont pour toi les meilleurs films et/ou réalisateurs ?

Je vais citer Spielberg évidemment, je ne serai pas original ! Et j’adore JJ Abrams pour son visuel… Ridley Scott également, à ses débuts. J’adore aussi le visuel de Wes Anderson. En terme de films, Alien est mon film préféré… Jurassic Park, je l’ai vu des millions de fois… J’ai le plus grand respect pour les films qui arrivent à te plonger dans un univers crédible avec de bons effets spéciaux qui font croire à leur existence… Ca m’impressionne encore aujourd’hui.

  • Dans les films d’horreur, qu’est-ce qui t’a fait le plus peur, lequel as-tu préféré ?

Martyrs, je le trouve très, très beau. Et très dur. Je l’ai maté en deux fois, parce que c’est LE film. J’ai du couper au milieu pour me « préparer » pour la suite.

Un film qui me fait peur, c’est rare. Je suis toujours en quête de ce genre de films. Mais celui qui y a le plus réussi à la limite, c’est Grave Encounters.

  • Par quels moyens avez-vous créé vos « monstres »?

Avec du carton et du tissu. Et beaucoup de colle. Beaucoup.

J’aime énormément l’esthétique des monstres sans visage. Quand la créature n’a aucun regard, il y a une certaine distance. Tout ce qui peut « exprimer » n’est pas là, et cela nous ramène à quelque chose de purement bestial et animal (cf l’alien de Alien). Et j’aime aussi beaucoup l’aspect des créatures effilées.

 

  • Comment peut-on vous faire peur ?

Je suis un amoureux de mes cauchemars. Mais dans la vie de tous les jours, c’est plutôt les armes, les gens bourrés, défoncés qui m’effraieraient… Si je suis seul, dans une grande maison ou dans le noir, j’aurais peur.

Si on veut me faire peur dans un film, il faut que je me sente perdu spatialement et temporellemet. Si je suis dérouté spatio-temporellement … alors c’est gagné.

 

 

INTERVIEW VLED TAPAS, acteur, compositeur

  • T’es tu inspiré de quelque chose pour la musique du film?

Oui, de ce que Loki m’avait envoyé ! Notamment la BO des différents Silent Hill. Du coup j’étais très très dirigé et ça a été plutôt simple ! C’est très agréable de travailler avec quelqu’un qui sait ce qu’il veut.

  • Première fois en tant qu’acteur ?

J’ai fait plusieurs années de théâtre. C’est la première fois que je jouais vraiment dans un court métrage. A force de faire mes vidéos Youtube, jouer devant une caméra devient plus naturel. Il y a moins cette peur de l’objectif…

  • Que pensez-vous de Lapin Noir?

Je suis super fier de ce film. J’en suis très très content ! On s’est vraiment fait plaisir sur ce film et ça se voit. Par contre, je dois reconnaître que j’étais très septique en voyant la phrase imposée pour le concours (« Le monde est cinglé à l’intérieur et cruel en surface »)… C’est typiquement ce genre de phrase pseudo intellectuel qui ne veut rien dire… Loki s’en est pourtant bien sorti : il a gardé la phrase exacte que j’ai prononcé, mais il a aussi gardé la phrase où je m’étais trompé (j’avais inversé les deux adjectifs). Cela prouve bien que, même lorsqu’on échange les deux termes de place, on garde le même non-sens de la phrase…Comme si cette phrase ne pouvait pas trouver sa place, ni avoir de logique..On s’est donc arrangé pour caser cette phrase sans pour autant lui donner toute l’importance que les autres participants du concours lui avaient donné.

Et je pense que pour un film réalisé avec les moyens du bord, c’est très bien fait. Je suis impressionné de ce que Loki en a fait, surtout en sachant ce que ça donnait avant le montage, et surtout, sachant qu’on n’était que deux…

  • Le plus dur à jouer?

La scène de chute. Je ne sais pas si vous imaginez à quel point c’est dur de faire semblant de tomber quand on est allongé sur un fond vert les bras et les pattes en l’air. Je me demandais « quelle est l’expression de quelqu’un qui tombe de plusieurs milliers de mètre ? ». Je devais gigoter pour donner cette impression.. C’était très compliqué à jouer. Et le résultat est au delà de mes espérances.

Les scènes de courses également, vu qu’on avait un très petit espace. J’ai du courir sur un tabouret ! Il fallait donner l’impression de courir sans courir…

  • Films d’horreur préférés?

Je crois que le film devant lequel j’ai le plus expérimenté la peur c’était… Mars Attack ! A l’époque où je l’ai vu j’ai vraiment paniqué devant la tête des extra-terrestres ! J’adore le cinéma d’horreur alors répondre à cette question est compliqué mais je vais répondre… Hellraiser, pour ce qui est de mon film d’horreur favori. On entre dans la thématique de la difformité des corps, qui m’intéresse énormément. Et The Descent aussi m’a vraiment fait me sentir mal…

  • Comment peut-on vous faire peur?

Je suis quelqu’un de très ordinaire. Si je me réveillais en plein milieu de la nuit et que je voyais devant mon lit une petite fille avec les orbites creux, j’aurais peur… Que peut-on répondre à cette question ? Mais sinon, un espace très confiné marchera toujours pour me faire paniquer.

Publicités

Publié le 11 novembre 2014, dans Court-métrages, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Très étrange et très chouette court, l’ambiance prend bien aux tripes et certaines scène m’ont bien bien faite flipper (celle à 3:10, je ne m’en remets pas bien je crois). C’est super original en tout cas! Remarque un peu hors-sujet : c’est marrant le thème du lapin est présent dans pas mal de sujet en rapport avec l’horreur, je ne pourrais pas citer de films comme ça mais je me souviens que dans la galerie des ombres il y a un des gifs les plus flippant est un mec déguisé en lapin qui court vers la camera…
    Enfin voilà c’est très sympas.

  2. Très bon court-métrage. Avec des scène angoissante et prenant ! Ça me fait vachement penser au film d’horreur des années 20 avec expressionniste allemand (le cabinet du docteur caligari par exemple) se qui doit être assumer. J’ai remarquer aussi quelque chose d’étrange : alors que l’image, les effets spéciaux et la musique (piano) sont fait pour rappeler pour donner un côté vieillot, le son et le bruitage sont d’une grande qualité se qui est assez étrange et qui se marie pas vraiment avec le reste, mais à mon avis c’est voulu pour donner un sentiment de décalage avec le personnage. Bizarrement la version couleur donne un côté plus ancien que la version noir et blanc car la couleur donne l’impression qu’il à été retoucher après se qu’on fait de plus en plus pour les vieux film ( comme Le Voyage dans la Lune de George Méliès qui à été retoucher en couleurs récemment). Bref très bon court-métrage et gégé Loki Jackal et bon travail 😉 .

Laissez un frisson

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :