Sous-Sols

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Réalisé en 2014 par Ulrich Seidl (le triptyque des Paradis, Import/export, Jesus you know, Dog Days, Models. Animal Love..), Sous-Sols est un documentaire autrichien qui dépeint le quotidien souterrain d’un petit groupe très hétérogène. En Autriche, en effet, les sous-sols ne sont pas utilisés de la même façon qu’en France ou ailleurs : on voit bien, grâce à ce film, qu’il s’y passe notamment les choses les plus intimes et personnelles, que certaines caves sont aménagées en second salon, en lieu de fête, de collection, de déviance… Seidl a voulu dévoiler, avec cette œuvre, la face cachée de la vie de ces autrichiens très particuliers. Il a cependant, avant tout, fait ce film en partant de la triste histoire d’Elizabeth Fritzl, jeune femme retenue captive dans sa cave pendant 24 ans par son propre père. Le film a été diffusé à l’Etrange Festival 2015. Fait étonnant : le réalisateur a mis 1 an et demi à trouver les protagonistes en faisant du porte à porte… Que donne alors ce documentaire intrusif ?

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On suit donc une dizaine de personnes, très différentes. Seidl s’est concentré sur des secteurs très particuliers. Le film s’intéresse alors à un amateur d’arme à feu qui chante de l’opéra à la perfection, à un couple sadomasochiste composé d’un esclave et de sa maîtresse, à une femme collectionnant les poupées Reborn (des poupées ultra-réalistes de nouveau-nés), à un groupe de joyeux nazis, à un couple regroupant dans leur sous-sol de vieux meubles onéreux, à une soumise masochiste au passé tragique, à un chasseur expert, ou encore à un groupe de jeune défoncés et perdus. Nous passons des uns aux autres, avec une véracité sans faille dans le discours. On peut même opposer quelques rares plans de sous-sols « basiques », où un vieil homme s’amuse avec sa maquette géante de train électrique et où se fait la lessive d’un groupe de femmes insipides, aux sous-sols cités précédemment, qui nous présentent une dimension complètement marginale de la société autrichienne.

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Ce film est incroyable. Tout d’abord, par le choix des personnes représentées par Seidl dans ce documentaire pour le moins exceptionnel. Elles sont toutes très différentes, avec des obsessions disparates et méconnues. Ces histoires provoquent en nous des émotions et ressentis contraires ; certaines peuvent nous toucher, d’autres nous choquer. Il y en a même qui sont au bord du ridicule. On passe d’un sentiment à l’autre sans retenu, et le réalisateur nous trimballe à travers son film et à travers ces portraits indécents et dépaysants. Ces sous-sols sont comme des jardins intimes, nous révèlent des choses que ces gens ne souhaitent pas vivre au grand jour. Alors ils vont dans leurs caves et y font l’amour, chante, se drogue, joue, discutent de sujets de société et font des blagues graveleuses.

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Le montage, quant à lui, est l’outil majeur de Seidl dans cette œuvre. Il l’utilise à des fins narratives, comparatives, moralisatrices. On passe d’une scène à l’autre parfois par hasard, mais également parfois pour soulever une pensée, pour faire réfléchir sur ces obsessions qui sont pour la plupart « mal vues », jugées et critiquées dans une société dite « classique ». On passe alors d’un cadre qui force la réflexion, à des cadres plus légers ou plus tristes, le tout sans musique, en plans la plupart du temps fixes et avec une symétrie et netteté incroyable, qui pousse à se focaliser uniquement sur les personnages présentés. Les transitions qui lient les plans et les histoires sont toutes imprégnées de sens et d’un propos que l’on se décide à saisir (ou non).

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La diversité des histoires et des êtres dans cette œuvre est impressionnante. La femme à la poupée nous tord le cœur de sa tristesse et de son manque, les jeunes qui se droguent et s’ennuient dans leur « antre » nous semblent pathétiques, le nazi et sa bande de joyeux copains nous font rire (et l’on n’aurait jamais cru réagir comme ça à ce genre de mentalité), la soumise nous questionne sur la différence entre la violence désirée et pleine de sensualité et celle perpétrée de force contre l’envie, le couple maîtresse/esclave nous prouve que peut importe nos règles de vie de couple, l’importance est dans le fait d’être épanoui ensemble… Ce film chamboule et bouscule, pour résumer.

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Ma note : 17/20. Film entier et complexe, documentaire extrêmement réussi et qui exploite un panel d’émotions monstrueux.

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Publié le 30 septembre 2015, dans Films choquants, et tagué , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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