Bad Boy Bubby

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Réalisé en 1993 et sorti en salles en 1995 en France, Bad Boy Bubby est un film italiano-australien de Rolf de Heer (Sur les ailes du Tigre, Dingo, La Chambre Tranquille, Epsilon, Dr Plonk, The King is Dead…) qui a été présenté à l’Etrange Festival 2015 en tant que pépite du genre. Il est déconseillé aux moins de 12 ans, et il y a de quoi. Il a reçu énormément de récompenses, notamment à la Mostra de Venise 1993 : prix du meilleur scénario, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur montage. C’est un film tellement culte que certaines personnes se font même tatouer ses répliques ! De Heer aura, de plus, mis plus de 10 ans pour écrire cette œuvre hors du commun, et plus de deux ans pour le réaliser, à l’aide de 32 directeurs de la photographie. Bad Boy Bubby ressort en salles le 11 novembre 2015 prochain.

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C’est une histoire qui démarre hors de la société. Le scénario est étouffé dans une cave glauque et sombre, avec pour seule source de lumière une étroite petite fenêtre. Dans cette pièce invivable et répugnante vivent Bubby et sa mère. Cette dernière a décrété, depuis 35 ans, qu’il fallait élever son fils à sa façon : elle lui fait alors croire que dehors il lui est impossible de respirer sans masque à gaz (de peur de mourir étouffé et/ou empoisonné), le condamnant ainsi à rester pour toujours avec elle, enfermé. Ils deviennent évidemment inséparables et développent alors une relation malsaine ; la mère bat son fils, le complimentent, lui apprend énormément de mensonges (ce qui peut nous faire penser au scénario du plus récent Canine) et surtout, lui fait l’amour régulièrement. Bubby ne sait rien faire seul, et est presque incapable de parler correctement. C’est avec l’arrivée de son père alcoolique et pervers que Bubby doit donc apprendre à réagir, se défendre et sera amené à sortir de chez lui pour la première fois de sa vie. La suite du film représente toutes les découvertes incroyables de Bubby à travers une société tantôt anesthésiée, tantôt à vif, agressive et pleine de merveilles.

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Ce film est un discours à lui tout seul. Un cri à la société et à son fonctionnement, une réflexion pour l’humanité et ses décadences. On ne regarde pas ce film à la légère, on se met devant pour activer son cerveau et boire les leçons qu’il souhaite nous apprendre. Il nous montre comment un enfant élevé sans entourage, sans « compartiment humain » intégré peut évoluer et être en décalage complet (de langage, de pensée, de comportement et de réactions) avec les autres une fois comparé à eux. Comme dans Canine, on assiste à la confrontation entre l’idée de société et celle d’éducation. Bad Boy Bubby nous apprend à faire la différence entre ce qui nous est inné (communiquer, aimer, ressentir) et ce qui est purement acquis par l’action qu’a l’insertion à une collectivité humaine. Mais ce n’est pas tout. L’oeuvre nous donne également des pistes d’observation sur la religion, l’argent, l’amour et les Hommes. De quoi en ressortir bouleversé et « à neuf ».

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L’esthétique du film est déroutante. Chaque nouveau lieu que découvre notre petit et innocent Bubby aux cheveux en pétard est géré par un directeur de la photographie différent. Qui dit nouvel espace de scénario, dit donc nouvelle atmosphère, nouvelle ambiance et réflexion renouvelée. Les endroits choisis sont souvent dégueulasses, à l’image de beaucoup d’humains que l’on dénonce ici. Car il s’agit bien la de la monstruosité de l’être humain « évolué », « civilisé », confronté à l’innocence d’un adulte qui agit comme un enfant ; ce qui évidemment dérange, provoquant ainsi des réactions de peur et de haine de la part des personnages allant à la rencontre de notre protagoniste. Cette attitude puérile et espiègle de Bubby provoque en nous diverses émotions : on peut parfois rire à ses imitations ou ses réponses inappropriées, on peut être choqué lorsqu’il tue son chat pour intégrer le concept de « respiration » (et, malheureusement, l’animal a réellement été tué sur le plateau de tournage), ou encore pleurer devant sa triste vie, les comportements des gens à son égards ou encore sa belle déclaration d’amour.

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L’acteur, Nicolas Hope, est merveilleux, tout bonnement incroyable. Son jeu d’acteur est parfait et nous en oublions la fiction pour assister vivement aux aventures de ce personnage déroutant et inconditionnellement vide de tout présupposé social. Il crie, il pleure, il se moque, et arrive tout de même à s’en sortir. Je vais d’ailleurs me permettre de citer la Bible pour approcher ce film d’un certain point de vue, mais : «  Heureux les simples d’esprit, car le Royaume des cieux est à eux ! », n’est-il pas ici bien démontré ?

Ma note : 18/20. Une leçon, un cri, un discours. Allez le voir… pardon, allez réfléchir.

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Publié le 6 octobre 2015, dans Films choquants, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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