Compte rendu de notre Etrange Festival 2016

9bbccd40260xetrange_festival_2015

Du 7 au 18 septembre dernier s’est tenu, comme tous les ans depuis 1993, l’Etrange Festival au Forum des Images de Châtelet, à Paris. Nous y étions bien évidemment pendant les dix longues et enrichissantes journées qu’il nous proposait. Voici donc le récit de ces journées, mais surtout nos avis et résumés sur l’ensemble des dix-sept films que nous avons pu voir.

Premier jour – mercredi 7 septembre

Pour notre premier jour de festival, nous avions choisi deux séances très distinctes :

000069-26559-16196_thelure_still1_michalinaolszanska__byrobertpalka_-_h_2016The Lure, petit conte polonais de Agniescka Smoczynska, très musical et dérangé. On y suit l’histoire de deux sœurs sirènes qui s’invitent dans la vie d’une famille d’artistes un peu étranges. Elles vont, chacune a leur façon, découvrir leur corps, leur désir, et surtout leur douceur ou leur violence. The Lure est une jolie histoire si on y regarde de plus près ; une histoire d’amour et de sacrifice. Une histoire de désirs humains et de passion. La fin, très belle, est très plaisante et permet au film de s’offrir une morale digne des plus beaux contes d’Andersen. Nous lui avons mis 7/10.

img_antiporno1Antiporno fut notre second choix, et le meilleur d’entre tous. Roman porno japonais du grand et renommé Sono Sion, il détonne et étonne, il choque et passionne. C’est un film impressionnant sur l’histoire d’une artiste, seule dans sa chambre, qui se met à dominer son assistante. Mais ce synopsis ne convient absolument pas à l’entièreté et la vérité de cette œuvre. Ce film est un chef d’oeuvre de féminisme, de couleurs, d’esthétisme, de jeu d’acteur, de symbolisme, de cynisme. On critique les hommes, le Japon, la société, le sexe… Le tout en le hurlant et en le peignant. Un vrai bijou artistique qui se targue en plus d’être un récit intelligent. Nous lui avons mis 10/10, puisque c’est le film que nous voulions voir gagner.

Deuxième jour – jeudi 8 septembre

Le second jour, nous nous reposions en ne voyant qu’un seul film :

filmstill-24

Pet, œuvre américano-espagnole de Carles Torrens, est assez violente et partait pour être un énième récit de femme faible enlevée par un psychopathe. Mais le renversement de situation (dont on ne vous dira évidemment rien) fait extrêmement plaisir à voir, et permet au film d’être plus original que son synopsis de départ. C’est avant tout un grand travail d’écriture scénaristique et de jeu d’acteur. Ce thriller psychologique marche, et il marche même très bien. Attention cependant aux quelques passages assez durs à regarder, pour les plus sensibles. Nous lui avons mis la note de 7/10.

Troisième jour – vendredi 9 septembre

En cette soirée du troisième jour, nous avions décidé de voir deux films encore une fois très différents l’un de l’autre :

still08waterDark Circus, film de l’allemande Julia Ostertag, est une oeuvre mélangeant les thèmes du gothique, du satanisme, de la dépression et du BDSM. Nous n’avons absolument pas aimé son côté trop amateur (les plans et les couleurs étaient très peu supportables et de trop faible qualité), et surtout, nous avons été déçus de tous les amalgames utilisés. C’est un film qui a sans doute défoulé sa réalisatrice, mais qui utilisent tous les clichés des milieux du BDSM et de l’ésotérisme, sans forcément en respecter et en connaître les symboles. Et pour nous, quand on fait un film et qu’on le rend publiquement, il est nécessaire de savoir ce que l’on montre à ce même public. Film grossier. Il n’était cependant pas en compétition, donc nous ne l’avons pas noté.

gdynia-baby-bump-650Baby Bump, très étrange film polonais de Kuba Czekaj, est une gigantesque métaphore du passage de l’enfance à l’adolescence, le tout accompagné d’un rythme décousu et de plans complètement fantasques. On y suit un petit garçon, trafiquant d’urine à ses heures perdues et grand complexé de ses oreilles décollées, qui doit lutter et comprendre les choses du monde. Avec des images parfois crues mais justes, Baby Bump nous plonge dans le cerveau de cet enfant un peu spécial, qui ne fait juste que… grandir. Nous avons trouvé ce film impressionnant d’originalité et de maîtrise, mais il n’est clairement pas fait pour tout le monde (le rythme, le montage et les personnages sont très spéciaux). Nous lui avons mis 8/10.

Quatrième jour – samedi 10 septembre

En ce quatrième jour, nous n’avons pu faire qu’un seul film. Et peut-être aurions nous pu nous abstenir…

184554La Region Salvaje, film Mexicano-Danois de Amat Escalante, avait un synopsis très énigmatique, qui nous parlait d’une jeune femme fréquentant une créature mystérieuse, dont elle commence à avoir peur. Elle va alors rencontrer une famille et lui faire rencontrer cette créature, qui peu à peu détruira la vie de ces personnages. Personnages que nous avons trouvé fades, et récit que nous avons trouvé trop lent. Le rythme est très contemplatif, et il faut s’accrocher. En tout cas, nous, nous n’y avons pas accroché. Nous lui avons mis 4/10.

Cinquième jour – dimanche 11 septembre

A l’occasion de l’hommage rendu au grand réalisateur Andrzej Zulawski durant le festival, nous avons pu assister à une séance culte, suivie d’un reportage sur l’oeuvre visionnée :

possession-horror-review-8Possession, film franco-allemand d’Andrzej Zulawki, est un chef d’oeuvre monumentale qui nous parle de l’Allemagne politique, de la folie, du couple et des relations humaines dans leur profondeur. Ici encore, nous avons une histoire d’homme monstre. Celui ci se construit petit à petit et se nourrit de la foie (ou de la liberté?) des personnages, et surtout DU personnage, joué par Isabelle Adjani qui nous livre ici (comme d’habitude) une performance sans pareil. Ce film est subtil, cru, terriblement bien écrit, terriblement bien joué et nous présente le cinéma bien particulier d’un homme d’exception. En le finissant, vous serez persuadé d’avoir vu une œuvre magistrale.

Sixième jour – lundi 12 septembre

Journée chargée pour ce sixième jour de festival, puisque nous avions décidé d’aller voir trois films qui promettaient d’offrir, chacun à leur façon, de la diversité au cinéma de genre :

trash-with-fire-movie-2Trash Fire, film américain de Richard Bates Jr, est un petit bijou de cynisme et d’esthétique gore à lui tout seul. Il était évidemment précédé de la réputation du très bon Excision, qui était également passé à l’Etrange Festival. Trash Fire nous raconte l’histoire d’un couple pas comme les autres car vivant d’amour et d’insultes, qui rend visite au restant de famille du jeune homme. Et ce dernier avait prévenu : ce n’est pas de tout repos. En effet, sa grand mère et sa petite sœur vont avoir, chacune leur tour, des comportements plus que douteux, qui vous mettront… très mal à l’aise. Psychologique, à l’atrocité croissante, cette œuvre se regarde avec plaisir et nous fait passer un très bon moment lorsque l’on est fan de genre. Nous lui avons mis 8/10.

the-neighbor-3The Neighbor est un film de l’américain Marcus Dunstan dans lequel nous suivons un jeune couple de délinquants qui souhaite vivre une vie meilleure. Mais entre temps, ils découvrent qu’il se passe de drôle de choses chez leur voisin. Torture, kidnapping mais surtout grande violence, ce film n’épargne personne et est un vrai défouloir. Le rythme endiablé et bien pesé du film est l’un de ses nombreux atouts, ainsi que le scénario qui accroche et nous tient en haleine tout le long de l’oeuvre. Sans pour autant innover dans le domaine, The Neighbor nous a fait passer un excellent moment. Nous lui avons mis 8/10.

001We are the Flesh est un film très spécial -et nous pesons nos mots- qui nous vient tout droit du Mexique et que l’on doit à Emiliano Rocha Minter. Ce film est un incroyable chef d’oeuvre où les personnages (complètement atypiques, antipathiques et surtout très bien joués) se construisent eux-mêmes leur environnement et tombent dans les limbes de la folie et de la création divine. On peut lire cette œuvre comme la représentation d’un monde sans Dieu, d’un monde livré à lui-même, à ce qu’il est en profondeur. Un monde où l’humain est lui-même et se révèle et se dévore. Attention aux âmes sensibles, car beaucoup de moments gores, gênants et également énormément de scènes sexuellement explicites. Cependant, toutes ces séquences sont, selon nous, nécessaires et utiles pour ce que We are the Flesh livrer aux spectateurs. Expérience incroyable et voyage bouleversant. Nous l’avons noté 9/10.

Huitième jour – mercredi 14 septembre

Encore une journée à l’unique film pour ce mercredi de festival, où nous allions voir un film de vampires moderne :

thumb_1614_film_main_bigTransfiguration est un film américain de Michael O’Shea qui veut, avec beaucoup de subtilité et de tendresse, renouveler le genre du film de vampire. Un peu à la façon de Morse, on y retrouve un jeune homme -habitant les quartiers à risque d’une grande ville- que la rencontre avec une jeune fille va radicalement bouleverser. Ce jeune homme a la vie déjà difficile se convainc, à force de films et de livres, qu’il est un vampire et se force à se nourrir de sang. L’oeuvre est touchante et assez étonnante pour avoir réussi son but ; cependant, le film fut un peu trop politique et sociale pour nous, puisque dénonçant en grande partie les problèmes liés aux banlieues et au racisme aux USA. Le côté mielleux nous aura cependant surpris dans ce festival, et nous lui avons mis la note correcte de 6/10.

Neuvième jour – jeudi 15 septembre

Pour ce neuvième jour, nous avions un programme chargé. Trois films, dont un documentaire, qui s’avéraient tous très intéressants :

833607-etre-chevalÊtre cheval, documentaire sur le pony play (pratique qui consiste à se mettre dans le rôle d’un cheval, pour être dressé notamment) réalisé par Jérôme Clément-Wiltz, est une œuvre française qui nous a énormément touchée. L’homme/la femme que l’on suit tout le long du film nous présente sa vision de ce fantasme, son amour pour la liberté et son désir de dénoncer les travers de la société grâce au costume de cheval qu’il/elle endosse. On y voit également toute la force et la beauté de la dévotion demandée dans la domination vécue comme telle. C’est une histoire vraie qui inspire l’empathie et surtout le respect. Nous avons trouvé très intéressant -et surtout, très important- d’avoir fait découvrir cette pratique, pas si rare mais méconnue, grâce à un documentaire aussi bien construit.

small-31_windmill-theatre_girl-asleep_copyright-745x420Girl Asleep, film australien de Rosemary Myers (et qui, à la base, était une pièce de théâtre -ce qui se ressent dans l’oeuvre) nous parle de façon très poétique du passage de l’enfance à l’âge adulte. L’héroïne représente chacun de nous à l’âge où il est si facile de se perdre et de paniquer face à ce que l’on est et ce que l’on n’est plus. Grâce à cette mise en scène digne des beaux plus contes pour enfants, Rosemary Myers nous entraîne dans l’univers d’une petite fille qui a du mal à devenir grande. Le tout est touchant et mignon, avec des métaphores très faciles d’accès, une esthétique année 70 très agréable et une morale qui fait du bien. Nous lui avons mis 8/10.

Where Horses Go To Die, un film d'Antony HicklingWhere Horses Go to Die est un film français de Antony Hickling, dont l’histoire tourne autour de la vie et des espoirs de prostituées et de transexuelles. Mis à part le côté LGBT+ du film que nous soutenons évidemment (puisque les films qui en traitent et qui le défendent sont bien trop rares), nous n’avons pas aimé ce film. Les métaphores et les plans alambiqués s’enchaînent, le fil conducteur est trop implicite et la finalité de l’oeuvre est, selon nous, beaucoup trop compliquée à cernés pour rendre le film plaisant à finir… et donc à regarder. On saluera par contre les acteurs et les actrices qui sont remarquables dans leurs rôles atypiques.

Onzième jour – samedi 17 septembre

En ce dernier jour de festival, nous avions pour seul projet de voir le tant attendu nouveau volet d’un film d’horreur faisant partie des plus célèbres :

blair-witch-trailerBlair Witch, nouveau film d’Adam Wingard qui avait déjà travaillé sur le très bon You’re Next, fut une véritable surprise cette année dans le paysage du film d’horreur. Personne ne s’y attendait et pourtant, il l’a fait : voilà donc un remake/suite de Blair Witch, le tant renommé et décrié. Le film se voit alors modernisé (tout en gardant à peu de choses près la même mécanique et la même histoire) tout en suivant le fil conducteur chronologiquement. L’oeuvre est assez bien traitée, l’esthétique marche très bien, certaines idées qui sont quant à elles nouvelles nous ont plus. Cependant, l’abondance de screamers ainsi que le manque de subtilité qui faisait le charme du premier opus nous a un tant soit peu manqué. Les adeptes de l’original pour tout ce qui le rendait original seront alors forcément un peu déçu. Cependant, nous n’en attendions pas plus, alors nous avons passé un très agréable moment.

Douzième jour – dimanche 18 septembre

Pour le dernier jour (qui arriva bien trop vite) de l’Etrange Festival, nous n’avions qu’un seul film à voir, mais il ne nous avait pas attendu pour créer beaucoup de remous dans l’univers du cinéma étrange :

393248-jpg-c_300_300_x-f_jpg-q_x-xxyxxGrave, film franco-belge de Julia Ducourneau, avait fait beaucoup parlé de lui lors de sa diffusion dans un festival canadien très récemment. Certaines personnes avaient vomi, d’autres avaient fait des malaises… Nous étions donc très intrigués. Grave est un film parlant d’une jeune femme végétarienne qui va hélas subir le bizutage de sa nouvelle école de vétérinaire. Aidée de sa sœur, elle va alors se découvrir et évoluer dans cet univers inconnu, qui va peu à peu la transformer… Rien d’extrêmement insupportable dans ce film, si ce n’est quelques séquences qui retournent un peu l’estomac. Approche très inédite du cannibalisme, cette œuvre est très bien réalisée, très bien filmée et très bien écrite, et était très agréable à voir à la fin de ce festival que nous avons énormément apprécié, et où nous avons découvert beaucoup de films incroyables et passionnants.

CLOTURE ET RESULTATS DU FESTIVAL

Grand prix Nouveau Genre (en partenariat avec Canal +Cinéma) :

HEADSHOT de Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto et JEEG ROBOT de Gabriele Mainetti

Prix du public

POESIE SANS FIN, d’Alejandro Jodowosky

Publicités

Publié le 12 octobre 2016, dans Etrange Festival, Sombres festivals, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laissez un frisson

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :